Mazarin crée le collège des Quatre-Nations
Le
cardinal Mazarin, à l'approche de la mort, devient soucieux de marquer
la postérité. C'est ainsi qu'il conçoit le projet d'un collège destiné
uniquement à l'éducation de jeunes gentilshommes nés dans les provinces
conquises pendant son ministère, par les traités de Münster (dit de Westphalie) de 1648
et des Pyrénées de 1659.
Le 6 mars 1661, trois jours avant sa mort, il dicte son testament par
lequel il crée le collège Mazarin et en définit minutieusement
l'organisation. Le collège, qui s'appellera finalement collège des Quatre-Nations
est édifié sur des terrains de l'hôtel de Nesle, sur la rive gauche de
la Seine. C'est l'actuel Institut, quai Conti.
Les classes ouvrent finalement en octobre 1688.
Le collège est destiné à accueillir soixante élèves ; dès 1690, la baisse des revenus réduira l'effectif à 30 élèves.
Les quatre nations étaient, en 1688 :
- le territoire de Pignerol (Piémont) et les états ecclésiaux en hommage à Mazarin
- l'Alsace et les possessions en pays d'Allemagne
- le Roussillon et la Cerdagne
- la Flandre, l'Artois, le Hainaut Aux
conquêtes de Mazarin s'ajoute en particulier l'Artois réservé, autour
de Saint Omer et Aire, qui avait été rattaché à la France par le traité
de Nimègue de 1678.
Jusqu'à la Révolution, des lettres patentes ajusteront les périmètres concernés au fil des guerres et traités.
L’admission au collège est réservée aux enfants de 10 à 15 ans, issus
de familles nobles, souvent des familles pauvres attirées par la
gratuité du collège.
Flandre et Artois étaient fortement représentés dans les premières
années, en raison de leur proximité de Paris, mais aussi parce que les
ravages de la guerre y avaient appauvri nombre de familles.
La vie au collège des Quatre-Nations
Chaque élève avait sa chambre. Les élèves y travaillaient jusqu'à la mise en place d'une salle d'étude en 1737.
Chaque élève recevait cent livres pour ses besoins personnels. Mais
petit à petit, cette disposition disparut et on demanda au contraire
aux élèves de s'acquitter d'un droit d'entrée, puis de divers frais.
Les élèves recevaient un enseignement scientifique assez réputé, et
aussi un enseignement religieux. La durée moyenne de scolarité des
pensionnaires était de 6 ans, mais les élèves les plus médiocres
quittaient le collège avant 16 ou 17ans, généralement pour le service
des troupes.
Les lettres du Grand-Maître aux ministres font
régulièrement état d'élèves aux moeurs dépravées. Des femmes de
mauvaise vie, qui se logaient aux abords du collège, étaient accusées
de séduire des élèves externes avant ou après les classes.
Un sujet fort douteux
La Baronne de Bayenghem, veuve de Maximilien de Divion, demande l'admission de son fils Jacques de Divion, âgé
de 12 ans, en arguant que son "bien du côté d'Hollande" est "confisqué
par droit de guerre", et la baronnie de Bayenghem et deux autres terres
situées en Artois ont été saisies par les créanciers".
Jacques de Divion est reçu temporairement au collège le 24 mars
1701, selon le registre des comptes ; il bénéficie d'une dérogation du
roi car n'étant pas né dans un territoire "de l'obéissance du roi",
mais à Malines.
Jacques de Divion n’était
pas un élève modèle. Dès sa présentation au collège, il avait été jugé
comme un "sujet fort douteux" et non "capable de classes". Amené à
Paris par sa mère, il avait pendant plusieurs semaines "couru dans
Paris échappé de Mme sa mère qui croyait qu'il allait au collège des
Pères jésuites."
En juillet 1702,
il accompagne dans sa fuite un autre jeune, Vandeuil d’Assonville. Ils
trompent la surveillance d'un domestique à l'occasion d'une promenade
au Bois de Boulogne. On retrouvera
les deux fugitifs chez la mère de Jacques de Divion, «dans la région de Saint-Omer».
Le Grand-Maître l'abbé Bosquen assure au secrétaire d'état à la guerre
Chamillart ne pas comprendre les raisons de cette fugue. Il lui écrit
le 24 juillet 1702 à propos de Vandeuil d'Assonville :
"J'ai Monseigneur parmi les autres peines de la place la douleur de devoir dire à Votre Grâce que Mr d'Assonville et Mr de Divion,
pensionnaires étant à la promenade avec d'autres accompagnés à
l'ordinaire d'un domestique s'échappèrent et s'enfuirent ; je puis vous
assurer qu'il n'a eu aucun sujet de s'enfuir du
collège, puisqu'il n'y a reçu que toute sorte de bons traitements et de
soins. Il ne peut même pas prétexter avec vérité la moindre rigueur
d'aucun maître du collège. On l'a toujours vu d'un naturel lent et
caché, mais on ne le croyait pas capable de comploter son échappée avec
M. de Divion-Bayenghem."
Les suppliques de la mère de Jacques de Divion pour demander sa
réintégration restent vaines. L'abbé Bosquen écrit encore :
"Je crois devoir assurer Votre Grâce
non-seulement que de pareilles évasions n'ont jamais été pardonnées, et
que feu monseigneur de Louvois en de pareille occasion me fit l'honneur
de me mander que le Roi ne voulait point que M. de Buzon échappé du
collège y rentra, mais même ne voulait pas donner sa place à un de ses
frères afin de faire des exemples de bonne discipline... Je crois que
Votre Grâce jugera [ ...] qu'il n'y a point de retour au collège pour
les fugitifs."
Bien plus tard, on retrouvera au collège des Quatre-Nations un autre
élève dont la famille est originaire de Bayenghem : il s'agit de Louis Charles Demanne, futur conservateur de la bibliothèque du roi et chevalier de la légion d'honneur.
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sources
Recherches historiques sur le collège des Quatre-Nations (Alfred Franklin) Paris, 1862
Le collège des Quatre-Nations au début du XVIIIe siècle (Commandant Herlaut) Paris, 1925
Les pensionnaires du collège Mazarin (Benoît de Fauconpret) Paris, 2000
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mise à jour : septembre 2022
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